Quand le plaisir se mêle à la souffrance

Un monde où vampires et anges se haïssent pour le plaisir. 100% Yaoi.
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 Une soirée comme une autre.

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Le Chat de Cheshire
Ange, Premier Être Créée Par le Prince des Anges


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MessageSujet: Re: Une soirée comme une autre.   Sam 19 Mai 2007 - 16:46

Cette fois ne fut pas comme les autres fois. C'était la fois de trop où l'inconscient Chat avait poussé trop loin Elian.

Cheshire le comprit à l'instant même où son dos claquait douloureusement contre la faïence légèrement ébréchée de sa baignoire.

Une plainte, douloureux gémissement.

Mais Elian le tenait solidement, il ne pouvait fuir, malgré la douleur qui irradiait dans sa colone. Obligé de faire face, de subir les conséquences... Seul son Créateur se permettait ce genre de choses. Seul le Prince des Anges arrivait à mettre cheshire au pied du mur, face à face avec les causalités de ses actions.

Elian venait de craquer et Cheshire ne pu que rester silencieux, fermant les yeux pour ne plus voir.

Il avait envie de hurler et il se demandât un instant s'il ne venait pas de le faire, si cette peur soudaine n'étaient pas apparue au bord de ses lèvres pour s'élever dans la pièce.

Il était si rare que le Chat soit effrayé...

Sa poitrine se soulevait vivement, sa respiration légèrement sifflante et le vieil Ange voulu un instant se débarasser d'Elien, le griffer de ses ongles en pointe, le mordre, se déchaîner, lui montrer qu'il n'était pas un vieillard impotant et Fou.

Il était le Premier, il était l'Aîné.

Mais c'était son ami qui se tenait sur lui, c'était son compagnon d'Eternité.
Alors sa main retomba, mollement et il resta immobile.

Que cela passe, qu'on en finisse.

Mais l'irréparable ne fut pas accomplis.
Heureusement.
Pour Lui, pour Eux.

Les prunelles bleutées s'équarquillèrent soudain lorsque son ami prononçait sa sentence pour l'avoir blessé sans le vouloir vraiment.

Partir.

Le mot résonna douloureusement, comme un échos et Cheshire tenta de se redresser. Il avait mal mais la douleur physique n'était rien par rapport à ce qu'il venait de ressentir.

Partir.

Soudain, alors qu'Elian lui tournait le dos, Cheshire hurla, de toute la force de ses poumons, criant contre son ami alors qu'il savait déjà tout.
C'était nécéssaire, il devait partir, parce que son passé l'attendait au détour du chemin. Et que si l'Ange premier n'avait rien fait, Elian serait encore resté là et aurait perdu une autre chance de Savoir de nouveau.


ALORS VA-T-EN ! JE TE DETESTE ! JE TE DETESTE !

Qu'il s'en aille, oui, c'était le mieux. Vivement, l'Ange bondit hors de la baignoire, le coeur écartelé. Qu'il était dur de tout savoir, qu'il était dur de tout prévoir...

Le vieil Ange bondit dans la chambre et il fut en quelques mouvements sous le lit, nu et ruisselant sur le plancher poussiéreux. Roulé en boule, Cheshire sentit ses larmes couler de ses yeux clairs, silencieuses pourtant.

Il en fallait beaucoup pour faire pleurer le Premier. C'en était presque effrayant, d'ailleurs.

Si un tel esprit millénaire, taillé dans le marbre, pouvait pleurer, c'était que la douleur ressentie devait atteindre des sommets à jamais innateignables.

Seul, seul, seul...

Seul avec ses fantasmes, son unique rêve d'Eternité, son unique désir, son unique but.

Seul avec l'image floue de son Autre, de celui qui ne venait pas, qui ne l'aimait pas, qui ne cherchait même pas à savoir.
Celui qui n'avait jamais eut le Courage ou la Folie du Premier. Celui qui le laissait toujours si seul. Et qui le savait parfaitement, il en était sûr.

Elian...

Le coeur chamboulé de Cheshire semblait éclater et il se recroquevilla un peu plus dans le Noir et la Poussière.
Il ne voulait plus le voir, il ne voulait plus Savoir. Il le laisserait le quitter ainsi, c'était mieux, il n'aurait pas de regrets, il pourrait se tourner vers Celui de son Passé.

Le Chat le haïssait déjà, cet Ange qui allait lui reprendre son ami, son unique ami.

Il le haïssait de toutes ses forces.

Et toi, l'Autre en bas ! Tu ne pourrais pas débarquer ? Tu ne pourrais pas m'épargner toute cette Souffrance ? Tu sais très bien où je suis, tu sais très bien que je t'attends comme un idiot depuis des Milliards d'Années !

Cheshire en voulait au monde entier, même à Lui.

Tout le monde finissait par retrouver leur âme soeur, même Elian, malgré qu'il ne le sache pas encore.

Et lui alors ?

Des milliards d'années...

Des putains de milliards d'années !

Cheshire était peut être Fou mais il n'était pas Sôt et encore moins aveugle. Blotti dans son abri précaire, la poussière lui piquant la gorge et le nez, lui arrachant un quinte de toux.

Pars Elian... C'est ce qui était prévu pour toi.

Il ne voulait pas sortir, il voulait rester là, quelques jours, sous ce lit un peu défoncé.

Une araignée passa près de lui sur le parquet grinçant et, dans un excès de rage sourde, la main de l'Ange frappa rudement cet endroit du plat de la main, écrasant l'arachnide malchanceux.

Crève, crève comme je voudrais pour le Monde !

Que Lui Crève, puisqu'Il ne vient pas, parce qu'Il se fout de moi alors que moi... Je l'aime plus que l'Univers, plus que mon Dieu, plus que les Cieux, plus encore que le Soleil ou ma Liberté.

Si je pouvais... je descendrais dans les Enfers, je frapperais à ta Porte pour te dire ma façon de penser et te traîner par la peau du derrière jusque dans mon lit !

Blottit sur lui même, ivre de trop de rage, il ne vallait mieux pas approcher le Premier des Anges.

Car si ses pensées dérivaient à ce point... Nul ne pourrait le ramener à la raison et surtout pas Elian.

Lui devait partir, c'était ainsi et Cheshire préférait ne pas voir cela.

Il n'avait jamais été doué pour les adieux.

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Elian Lei-Vun
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MessageSujet: Re: Une soirée comme une autre.   Sam 21 Juil 2007 - 15:03

Il était prêt à recevoir la punition à son tour, après tout, qui était-il pour défier le Premier?
Mais Cheshire n’en fit rien, il resta soumis sous lui, sans rien dire, sans rien tenter.

Un seul geste, et il se serait retiré.

Quand il jugea que sa propre colère était retombée à force de la violence du baiser interminable, il s’était levé sans plus lui porter d’attention.
Elian n’était qu’un poison pour Cheshire, incapable d’aller de l’avant sans lui, il le retenait Ici et empêchait impunément son ami de suivre son véritable Chemin tout comme lui avait presque oublié le Sien en sa compagnie.
Alors, pourquoi ses paroles lui firent autant de mal? C’était pourtant la meilleure des décisions pour eux deux au final.

Il venait de frissonner tant le hurlement lui avait glacé les os. Les mots qui suivirent le laissèrent dubitatif.

Dans la maîtrise de soi absolue qu’il avait acquise, l’ex-soldat n’eut aucune réaction hormis celle de se retourner pour plonger son œil unique dans les pupilles enragées du Chat et le regarder s‘enfuir sans un mouvement dans sa direction.

Lentement, il attrapa une autre large serviette et suivit les traînées d’eau que son compagnon avait laissé sur son passage; il le retrouva sans peine sa cachette, le devinant terré sous le grand matelas, mais il préféra attendre silencieusement sur le pas de la porte.

Il laissa ainsi s’écouler quelques longues minutes, sachant parfaitement que son seul ami pleurait sans un bruit. Enfin Eli s’avança de quelques pas pour reprendre de sa voix grave et éternellement monotone.


_Je m’en vais certes, mais ça ne signifie en rien que je déteste Cheshire. Et ce n’est pas parce que je pars aujourd’hui que je ne reviendrai jamais.

Elian s’était agenouillé lestement au pied du lit, ses longs cheveux noirs ruisselaient encore d‘eau sur ses épaules et le liquide retombait sur le plancher, goutte à goutte, imposant son rythme imprévisible et nerveux à la pièce silencieuse..

_Les souvenirs de ces derniers siècles passés avec toi resteront précieux, et ce même si un jour je parviens à retrouver les morceaux de mémoire qui me font défaut. Petit Chat, tu devrais pourtant savoir que l’Amitié est éternelle.

Il marqua une pause, pas parce qu’il cherchait les mots justes, mais pour tendre l’oreille, à l’écoute d’un changement même minime dans l’atmosphère tendue.

_Cheshire, je ne partirais pas en te laissant dans cet état. Je ne te laisserais pas tomber si c’est-ce que tu penses.

Le borgne tendit une main grande et glacée sous le matelas, prêt à toute éventualité.

_Que dirais-tu de te joindre à moi les premiers jours?

Elian ne connaissait que peu de choses du monde extérieur seulement ce que le Chat avait daigné lui apprendre quelquefois. Il ne savait pas encore comment il allait s’y prendre mais seul il ne savait pas à quoi s’attendre. Pourquoi ne pas s’exiler quelque temps avec son ami de toujours? Et tandis qu’il pensait à cette possibilité, il réalisa qu’il n’avait jamais été Seul depuis son Réveil. Cette boule de poils avait toujours été là.

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Le Chat de Cheshire
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MessageSujet: Re: Une soirée comme une autre.   Mer 8 Aoû 2007 - 18:57

Comme j'aurais aimé, ne plus être le Chat, être l'un d'entre vous, insouciant et libre...
Ne plus être torturé par des démons que vous ne pouvez même pas imaginer, avoir un âge que seul le Prince peut imaginer.

Comme j'aurais voulu que vous ne soyiez jamais créé ! Que Nous restions tous les deux jusqu'à la fin des temps. Mon Créateur et Moi.

Je vous hais tous, vous les Anges ! Plus encore que les Vampires. Car vous m'avez volé ma Liberté, parce que vous me jugez. Parce que vous croyez que tout est si Simple.

Je hais même mon propre Père, autant que je l'aime car il est mon miroir parfait et lorsque je le regarde, je vois chacune de mes failles, chacune de mes faiblesses.


Le seul que j'Aime... C'est Lui. Lui qui est mon parfait contraire et mon exacte image à la fois. Celui que tous apellent Chapelier Fou.

La main arachnéenne de Cheshire raclait le plancher, ses ongles striant le bois poussièreux, créant des sillons désordonnés, plantant des échardes dans le bout de ses doigts mais il les sentaient même pas. Est-ce que ça avait vraiment de l'importance ?

Et puis une voix... Familière et qui se voulait apaisante mais qui ne réussit qu'à le rendre qu'un peu plus fou, à l'enfoncer encore et encore dans sa démence. Il ferma même les yeux pour ne plus voir les deux genoux qui venaient d'apparaitre dans son champ de vision, accompagné de petites gouttes d'eau.

Plic Ploc... Plic ploc... Coule, coule, ma peine...

Plic Ploc... Plic Ploc... Nois moi...

Il ne voulait pas l'écouter, il ne voulait pas l'entendre, il avait trop mal, il allait trop mal et était trop égoiste pour songer à qui que ce soit d'autre que lui-même. Même pour songer à Elian.

Un sifflement de rage lui échappa lorsque l'ancien soldat assura qu'il ne le laisserait pas tomber et, prit d'une fureur sans nom, il rampa comme il put hors de sa cachette, comme une affreuse créature déformée par la fureur.

Ses mouvements sacadés le rendait semblable à un pantin disloqué au regard fou, une poupée macabre qui s'animerait soudain comme dans un cauchemar.

La voix enfla sous la fureur et il hurla de nouveau, juste en face d'Elian, à quatre pattes, comme un animal.


QU'EST-CE QUI EST ETERNEL A PART DIEU, A PART MOI ? RIEN ! RIEN !

L'amitié n'est qu'un leurre... Combien ont-il été à se jurer amour et amitié éternelle et à se déchirer ?

Cheshire n'y croyait pas et quelque chose en lui le força à s'écrier, presque par mégarde, comme une justification de sa colère si vive.
Ses ailes squeletiques étaient sorties et brassaient l'air avec force de grincements et de craquements sinistres.


ET SI C'ETAIT MOI QUI N'ETAIS PLUS LA ?

S'était-il déjà véritablement mit en colère devant Elian ? Il n'en avait pas le souvenir. Ces accès de rage étaient si rares, depuis quelques millénaires... Habituellement, il acceptait tout ce qu'on lui faisait sans rechigner et agissait plutôt fourbement dans l'ombre pour punir ceux qui avaient fait la folie de s'attirer les foudres de l'Aîné.

Comme je hais le monde, je le hais si fort que ça me fait mal. Je ne suis qu'un pauvre fou, un fou Immortel, un fou dans les mains d'un plus fou que lui. Crois-tu, mon Elian, que je sois si gentil ? Crois-tu vraiment que je sois pur et innocent.

D'entre tous, je suis peut-être le pire.

Les ongles pointus étaient plantés dans les cuisses d'Elian, presqu'inconsciemment et Cheshire s'était arrêté à quelques milimètres de son visage, brassant toujours l'air de ses ailes inutiles, son regard semblable à un ciel un jour d'orage, ses lèvres retroussées comme s'il allait le dévorer et le dépecer.

Et il lut un instant de crainte dans cet oeil unique si familier, comme une seconde d'indécision.

Et, aussi brutalement que la colère avait éclatée, Cheshire se recula légèrement, ses ongles quittèrent la chair entaillée, du sang maculant le bout de ses doigts et ses yeux redevinrent d'un délavé habituel.

Doucement, se fichant d'être nu, le Chat posa ses fesses osseuses sur ses talons pointus et il porta une main à ses lèvres pour la nettoyer du sang et de la crasse d'une langue distraite.

Il se lècha le dos des mains.

Se les passa sur les joues et derrière les oreilles.

Il pleuvait dehors et une fuite suintait du vieux plafond, laissant une auréole brune teinter la vieille peinture blanche et faisant moisir le parquet dans le coin.

Ses cheveux emmêlés étaient couverts de toiles d'araignées et ses ailes grinçaient toujours à chaque mouvement.

Puis, sur un ton posé, un peu chantant, un peu bas aussi, Cheshire finit par expliquer doucement, fixant des yeux un peu moins fous dans la seule prunelle de son compagnon de solitude.


Je ne me joindrais pas à toi...
Je ne partirais pas avec toi...
Tu seras seul.
Rien n'est éternel, à part Lui, à part Moi
Et Adaniel aussi...
Et moi je vais m'en aller, très bientôt.
Ne me demandes rien.
Je le sais juste, c'est tout.
Le Dieu Capricieux aura besoin du Chat
Et le Chat sera là.
Et le Chat partira.


Une main sale se tendit et Cheshire caressa doucement la joue de l'Ange amnésique, un sourire indulgent étirant sa bouche aux courbes encores douces. Il allait lui manquer, mais il n'allait pas l'avouer.

C'était un instant un peu étrange, aux parfums d'adieu et Cheshire fit disparaître ces parodies d'ailes qu'il avait dans le dos pour aller se glisser doucement sur les cuisses abimées de son ami, les frottant doucement comme pour se faire pardonner. Ses bras maigrelets se nouèrent autours de son cou et il l'embrassa doucement sur la bouche, comme avant.

Tu dois être seul, Elian.
Tu restes là et t'oublie.
Tu restes là et le temps passe.
Même moi n'en ai plus beaucoup à offrir.
Alors va à la rencontre de ton existence.
Trébuches, fais-toi mal...
La vie, ce n'est jamais que ça.





(le chat part en cacahuètes XD)

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Elian Lei-Vun
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MessageSujet: Re: Une soirée comme une autre.   Mer 22 Aoû 2007 - 19:37

Il n’avait aucune prédisposition pour les relations sociales, ils le savaient très bien tous les deux, et ses efforts pour tenter de calmer son ami, de le rassurer peut-être, furent vains. Il s’en doutait. Il savait que quelque chose s’était fissuré, et se brisait maintenant, et la faille s’agrandissait un peu plus à chaque grincement des ongles contre le parquet miteux, à chaque sifflement furieux du Chat, sorti de sa cachette.
Il n’était plus le même, juste une marionnette qui se laissait tirer par ses émotions.
Si faible.
Et pourtant si enviable.

Comme l’Ex-Soldat aurait aimé ressentir pareille rage, pareil désespoir.
Mais il n’en était plus capable, son lot était le Silence et le Néant.

Et tandis que la peur aurait du nouer ses entrailles face à la créature déchaînée. Il ne bougea pas un cil, ne se permit pas d’ouvrir la bouche, mais le fixait gravement de son œil scrutateur.
Il ne dit rien, le laissant évacuer des sentiments trop peu souvent exposés à d’autres regards, à d’autres jugements.
Pour Rien au monde il ne l’aurait interrompu.
Pourtant cette folie soudaine était saisissante, et quand les yeux d’un bleu électrique plongèrent dans le sien, il ressentit toute la puissance de l’Aïné et un frisson glacé lui parcourut l‘échine. Il ne prêta pas attention a la douleur de ses cuisses labourées par des griffes aiguës, seules comptaient ces prunelles habituellement si douces que jamais, auxquelles jamais, Elian n’aurait pu imaginer cette expression hargneuse, ni se sentir aussi faible face à un autre que lui-même.

Il crut un instant qu’il allait être puni de son acharnement.
Il aurait compris.
Il l’aurait compris.
Mais contre toute-attente le Chat avait décidé de faire sa toilette plutôt, devant un Elian trempé et à moitié-nu.

L’Ange surprit un léger soupir traverser ses lèvres.

Il avait expérimenté la Peur, et il ne le savait même pas.

De longues minutes passèrent durant lesquelles il observa nonchalamment la main du Chat, passer et repasser derrière l’oreille.
Nettoyer le Sang.
Nettoyer la Rage.

Et il l’écouta.

Etrange, comme certains mots paraissent vous vider de toute votre énergie.

Elian se sentit las à mesure que les secondes s’écoulaient dans ce coin de Paradis, fatigué de tout, ou plutôt de Rien.
Les yeux baissés, seul le miaulement rauque de Cheshire lui parvenait, une berceuse, une comptine qu’il n’aurait jamais pensé entendre, une mélodie douce et cruelle.

Seul.

Ca résonnait comme un écho répercuté à l’infini.
Etrange, cette sensation.

J’ai l’impression de revivre une souffrance oubliée.
Cela veut-t-il dire que je commence à me souvenir?

Des doigts connus parcoururent son visage, moment éphémère dont il buvait chaque goutte, sachant parfaitement au fond de lui qu’il ne durerait pas une éternité comme il avait pu le penser.
Derniers instants.
Il lui semblait n’avoir jamais éprouvé que nostalgie et mélancolie, alors qu’était cette douleur sourde terriblement plus forte qui lui cognait la poitrine?

Et dire que je ne parviens pas à lui offrir un dernier sourire, à lui, qui pourtant est ma bénédiction.
Suis-je devenu Insensible à ce point?
Un Monstre.
Même mon œil ne reflète Rien. Rien. Pas une miette de regret ou de douleur.
Que peut-il bien penser de moi?


Il se laissa embrasser. Doucement. Une dernière fois, mon compagnon.
Une voix grave mais adoucie par l'émotion sort de ma gorge.


Ainsi, que sont les Trois-Mille ans passés ensemble? Une broutille d’éternité?
Je ne voyais pas les choses ainsi. Je ne peut concevoir une vie infinie, et pourtant j’en ai eu un aperçu je pense.
Si je ne suis qu’un détail de ta trop longue vie, un fragment à jamais enfoui sous tant d’autres, je disparaîtrait.
Si tu peut vivre en oubliant ces derniers siècles, je m’en irais.
Si je peut partir sans laisser de trace, je m’envolerais.

Mais Cheshire, si jamais tu penses à moi une seule fois durant mon absence, je te jure que je reviendrais.
Je viendrais et j’irais cueillir du blé sec pour t’en faire une couronne,
et si tu ne viens pas, je t’attendrais jusqu’au soir et toute la nuit là-haut, sous la Lune.
J’attendrais, Cheshire.
J’attendrais.


Il l’embrassa du bout des lèvres. Une dernière fois.
Passa une main dans ses cheveux aux senteurs de chocolat et y enfouit son nez . Une dernière fois.
Et caressa doucement sa joue en le fixant de son éternel air grave.
Le Soldat le souleva pour se relever et déposa le Chaton mouillé sur le matelas. Il attrapa la serviette qui traînait à terre et frictionna la chevelure rousse de Cheshire, soigneusement, yeux baissés.
Bientôt Cheshire fut sec et l’Ange se pencha pour l’embrasser sur la joue et souffler à son oreille


Merci

Un dernier regard avant de se retourner, un geste de la main…un…minuscule sourire qui étirait les lèvres de l’ex-Soldat, ultime cadeau avant d’amorcer la marche vers sa destinée.

Cette nuit-ci,
les coquelicots et les blés murs des Champs de la Porte des Nuages purent se vanter d’avoir vu passer un Ange,
vêtu d’une serviette de bain.

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Le Chat de Cheshire
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MessageSujet: Re: Une soirée comme une autre.   Jeu 30 Aoû 2007 - 2:04

J'aurais voulu te dire toutes ses choses avant.
Prendre le temps de me sevrer de toi. Prendre le temps de me séparer de toi.
On aurait parlé toute la nuit. Tu m'aurais embrassé, moi aussi.
Puis peut-être que je t'aurais laissé me posséder, comme pour mieux nous faire encore plus de mal.
Puis au matin, tu serais partit, durant mon sommeil, comme pour ne pas me faire trop de peine. Et tu serais sortit de ma vie comme tu y es entré.

Je m'en souviens bien.

C'était après ma déchéance. Je venais à peine de devenir le Chat.
La nuit était claire, ça sentait bon.
J'avais gambadé. Au hasard, sans but, errant sur ce champ de bataille maudit et mon coeur tourné sans cesse vers cette immense porte, là, au loin.

Et puis je t'ai vu. A moitié mort, à moitié vivant.
Tu étais beau, sous l'oeil rieur de la lune. Tu étais seul.

Comme moi.
Comme nous tous.

Et je t'ai soigné, avec ce pouvoir millénaire qui dort dans mon corps déglingué. Et je t'ai ramené.

Ici.


Cheshire regardait Elian. Elian regardait Cheshire.
Le Chat se sentait à la fois mélancolique et heureux, comme doit se sentir une maman oiseau lorsque son oisillon part pour prendre son vol et quitte le nid définitivement.
La voix grave et monocorde de son ami vibrait étrangement, animée d'un sentiment, pour une fois.

Pourquoi avait-il fallu attendre ce moment pour que cette voix qui avait dû jadis être chaude et pleine de nuance retrouve un peu de sa splendeur passée ?

Cheshire ferma ses yeux bleus et se laissa frictionner, ses sens soudain exacerbés.
Un instant, il voulu retenir Elian, égoistement.

Parce qu'il avait la trouille de rester tout seul avec son fantôme.

Mon Chapelier... Je veux te voir... J'ai peur tout seul... Toi seul sait ce que cela fait de devoir tous les faire partir...

Mais Cheshire ne dit mot, sauf pour fredonner tout bas, presque avec lassitude :


Je n'y crois pas.
Mais qui vivra verra.
Si je reviens,
Je verrais bien.


Il savait déjà que lui-même allait devoir partir. Autant se séparer de son unique ami avant. Les temps changeaient et le vent lui sussurait à l'oreille que lui et son Pendant allaient devoir se confronter enfin. Et décider de choses que seuls les êtres ayant autant vécu peuvent décider.

Puis, doucement, il se haussa un peu depuis le lit pour embrasser lui aussi la joue proche et glisser à son tour avec un sourire mi-triste, mi-malin et une étrange lucidité qui rendait sa voix plus grave.


C'est moi qui te remercie.

Merci pour ce sourire, merci pour m'avoir aimé à ta manière.
Merci de ne pas m'avoir laissé seul avec mes démons.
Il est temps maintenant.

Cheshire regarda Elian partir, en souriant, balançant doucement sa tête comme sur l'air d'une chanson vieillotte. IL répondit d'un signe de tête à son salut.

Et le Soldat disparut.


C'est ainsi qu'Elian s'en fut de cette partie de sa vie.


Et là...

Seulement là...



Cheshire s'autorisa à pleurer tout bas sur le seul ami qu'il eut jamais possédé.


Doucement, longuement, il laissa les larmes dessiner un étrange arc-en-ciel sur sa peau dorée. Puis, tranquillement, il attrapa une vieille bouteille qui traînait là, à demi remplie encore. Et il s'enfila une longue gorgée.




Pour pouvoir oublier.

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